Le brancardage est souvent décrit comme la « circulation sanguine » de l’hôpital. Pourtant, dans de nombreux établissements, cette fonction vitale repose encore sur des outils artisanaux : talkie-walkie, appels téléphoniques incessants et tableaux blancs. Cette régulation manuelle, aujourd’hui saturée, laisse place à une révolution technologique : l’attribution algorithmique.
Dans un contexte de tension hospitalière accrue, l’optimisation des flux patients est devenue une priorité stratégique pour les directions d’établissements. Le passage d’une régulation humaine « au fil de l’eau » à un logiciel de régulation du brancardage basé sur l’intelligence artificielle ne permet pas seulement de gagner du temps ; il transforme radicalement la qualité de vie au travail et la sécurité des soins.
Le constat : les limites invisibles de la régulation manuelle
La gestion manuelle du transport interne génère des goulots d’étranglement qui impactent l’ensemble de la chaîne de soins. Les problèmes récurrents sont bien connus des équipes de terrain :
- Saturation cognitive : les régulateurs et les soignants passent jusqu’à 80 % de leur temps au téléphone pour coordonner des missions, au détriment du soin direct.
- Manque de visibilité : sans outil centralisé, il est impossible de connaître en temps réel la charge de travail réelle des brancardiers ou l’état d’avancement d’une mission.
- Inefficience logistique : les trajets à vide et les missions mal priorisées allongent inutilement les distances parcourues par les agents.
Cette désynchronisation entre les temps médicaux et non-médicaux entraîne des retards en cascade, notamment au bloc opératoire ou en imagerie, augmentant l’anxiété du patient et la fatigue des équipes.
L’attribution algorithmique : comment ça marche?
L’attribution algorithmique ne remplace pas l’humain, elle le libère des tâches de calcul complexes. En s’appuyant sur la recherche opérationnelle et la théorie des graphes, le logiciel résout en quelques millisecondes ce que l’on appelle le « problème d’affectation optimale ».
Pour chaque demande de transport créée dans le logiciel de transport interne de l’hôpital, l’algorithme analyse simultanément plusieurs variables :
- La proximité : Géolocalisation de l’agent le plus proche de la zone de prise en charge.
- La disponibilité : État de l’agent (en mission, en pause, fin de service imminente).
- Les compétences et le matériel : Adéquation entre les besoins du patient (oxygène, monitorage, isolement) et les qualifications ou l’équipement de l’agent.
- La criticité : Priorisation automatique des urgences et des rendez-vous au bloc opératoire.
Des bénéfices mesurables pour tous les acteurs
L’adoption d’un système d’auto-régulation génère un retour sur investissement (ROI) souvent inférieur à un an. Les gains se mesurent sur trois niveaux :
- Pour les soignants et brancardiers : la fin de la charge mentale
Le bénéfice le plus immédiat est la réduction drastique du bruit numérique. Avec une application mobile dédiée, le brancardier reçoit sa mission directement sur son terminal, avec toutes les informations nécessaires (identitovigilance, matériel requis). La suppression des appels répétés permet une baisse de 80 % des communications téléphoniques, rendant l’environnement de travail plus serein.
- Pour les patients : moins d’attente, plus de sécurité
Un brancardage fluide réduit l’anxiété. Certains établissements ont constaté une diminution de 25 % des temps d’attente grâce à l’optimisation des trajets. De plus, le scan systématique du bracelet patient via le logiciel renforce la sécurité et l’identitovigilance à chaque étape du transfert.
- Pour la direction : un pilotage par la donnée
Grâce à la traçabilité complète, les cadres disposent enfin d’indicateurs de performance (KPI) fiables : temps moyen de prise en charge, pics d’activité par service, ou encore équité de traitement entre les agents basée sur le nombre de kilomètres réellement parcourus.
Conclusion : un levier de performance globale
En finir avec la régulation manuelle est une étape indispensable pour moderniser l’hôpital. En confiant l’ordonnancement des flux à un algorithme expert, l’établissement s’assure une meilleure utilisation de ses plateaux techniques et une réduction des coûts opérationnels. Mais au-delà des chiffres, c’est l’humain qui en ressort gagnant : moins de stress pour ceux qui soignent, et un parcours plus digne pour ceux qui sont soignés.



